Les 5 coups de cœur du jury
Parmi les 390 dossiers reçus, le jury a souhaité également distinguer cinq coups de coeur : Zoé Bernardi, Nelson Bourrec Carter, Sido Lansari, Antoine Lecharny, Livia Melzi.
Les coups de coeur bénéficieront en 2026 de deux journées de masterclass où ils auront la possibilité de rencontrer des professionnels et personnalités du monde des arts visuels (éditeurs, graphistes, responsables d’institution, critiques, galeristes, etc.) dans le but d’enrichir et de faire évoluer leur projet de création.
ZOÉ BERNARDI, NO MORE HEROES
No more heroes est un projet multilmédia qui interroge les limites entre la famille et la communauté.
Il donne à voir ma famille, composé de Léa, une vieille punk, Rémi, un vieux hippie, Tonton, un ancien forain, Kiki, une Ma’ Daltone aux cheveux roses, et Galak, leur caniche. Ils vivent tous ensemble de rires, de drogues et d’amour vache, partageant leur temps entre un HLM Parisien plein comme un oeuf, et un châlet des alpages trop vaste pour eux.
No more heroes s’articule en deux ensembles : en deux ensembles distincts : l’un constitué d’images fixes, l’autre d’images en mouvement. Chaque média vient infirmer ou augmenter l’autre dans un rapport de contamination joyeuse. L’enjeu est de les photographier comme on veille, les filmer comme on écoute. La restitution de ce presque-fond d’archive invite le spectateur à s’interroger sur son propre rapport à la famille. Derrière cette intimité construite à travers l’appareil photographique ou la caméra, et en plaçant ma famille au centre, j’essaie de saisir nos fragilités visibles ainsi que notre manière de concevoir la famille comme société.
Née en 2000, vit et travaille à Paris
www.zoebernardi.com
NELSON BOURREC CARTER, HANTISES
Hantises propose une exploration d’espaces hantés, lieux où mémoire intime et histoire collective se croisent.
Le projet prend pour points d’ancrage des communautés noires-américaines – Allensworth en Californie, premier village en non-mixité et autogéré de l’Ouest, disparu puis reconstruit, et Eatonville en Floride, premier de la côte Est, fragile mais persistant – en les reliant à un appartement familial à Boston, marqué par une disparition intime. Ces lieux, réels ou reconstitués, deviennent le support d’une réflexion : comment les maisons portent-elles en elles les fantômes d’histoires refoulées, politiques, raciales et personnelles ?
En mêlant procédés photographiques anciens (émulsions photosensibles sur miroirs), modélisation 3D et dispositifs d’exposition travaillant la matérialité même du cadre, Hantises met en tension disparition et réapparition, réalité historique et réécriture du réel. Les fantômes, appels lancinants de troubles non résolus, y apparaissent comme des témoins sensibles, capables de révéler la persistance des systèmes de pouvoir et la fusion entre visible et invisible, mort·es et vivant·es.
Né en 1988, vit et travaille à Paris
www.nelsonbcarter.com
SIDO LANSARI, LES TORTS DES FANTÔMES
Les Torts des fantômes est né d’une obsession : retrouver les voix queer maghrébines qui, en France, ont traversé les luttes sans jamais, trouver de place dans les récits officiels. En menant un travail d’archives, de collecte, de témoignages et de fragments, Sido Lansari cherche à faire émerger les figures oubliées qui ont pourtant, dès les années 1980, articulé représentation, luttes sociales, homosexualité et exil. C’est une enquête lente, traversée de fantômes, de lieux disparus et de récits presque effacés. Il ne s’agit pas de combler l’oubli, mais de le réparer. De lui faire place. De dire qu’il y a là une mémoire possible, un héritage coupé, mais pas éteint. Il ne s’agit pas seulement de regarder en arrière : il s’agit de se demander ce que ces absents peuvent encore nous dire aujourd’hui.
Né en 1988, vit et travaille à Paris
www.sidolansari.com
ANTOINE LECHARNY, FEU STALINSTADT
Depuis 2023, je m’intéresse aux années d’après-guerre, à leurs vestiges idéologiques et patrimoniaux, ainsi qu’aux résurgences actuelles des haines et violences en Europe. Compte tenu de sa singularité de ville socialiste modèle, sortie de terre en RDA en 1950, j’ai choisi de focaliser mon regard sur Eisenhüttenstadt, appelée à l’origine Stalinstadt.
Pensée par le régime communiste est-allemand comme un symbole concret de rupture avec le passé nazi, cette ville fut bâtie autour d’un combinat sidérurgique et dotée d’une architecture incarnant un idéal égalitaire. Après la chute du mur, la cité a connu une forte désindustrialisation, un exode massif puis un basculement politique récent vers l’extrême droite. À travers Feu Stalinstadt, j’ai l’intention de restituer une vision fragmentaire d’Eisenhüttenstadt traduisant l’éclatement de son plan urbain, de sa mémoire et de son tissu social. Il s’agit d’un projet conçu face à un retour possible de l’extrême droite à la tête de nombreux pays d’Europe. En réaction, je tente de transmettre, par une constellation d’images n’imposant aucun récit univoque et prédéfini, un état des lieux d’une ville symptomatique de cette perspective.
Né en 1995, vit et travaille à Paris
www.antoinelecharny.com
LIVIA MELZI, MUSEA FUTURI
Musea Futuri est un projet photographique qui interroge la mémoire des musées d’ethnographie à partir des ruines du Musée National de Rio de Janeiro, ravagé par un incendie en 2018.
En explorant les archives, les objets survivants et les témoignages humains de plusieurs institutions, au Brésil et en Europe, ce projet tisse un récit poétique et critique sur le rôle des muséales face aux traces matérielles et immatérielles de l’histoire, et sur les enjeux de restitution et de conservation dans un contexte postcolonial. Un dialogue entre photographie grand format, dessin et vidéo trace un fil conducteur pour imaginer un musée du futur, vidé de ses artefacts mais peuplé d’images. Dans ce scénario spéculatif, celles-ci occupent une place centrale dans la construction de la mémoire, de la subjectivité et de l’alté-rité. En détournant les codes du documentaire et des dispositifs muséo-graphiques, Musea Futuri propose une réflexion sur le pouvoir des repré-sentations visuelles à façonner d’autres récits, sensibles et décentrés.
Née en 1985, vit et travaille entre Paris et Arles
www.liviamelzi.com
Projet soutenu par le Cercle des Amis Mécènes du BAL