Images à charge

La construction de la preuve par l'image
Du 4 juin au 30 août 2015
  • Alekseï Grigorievitch Jeltikov et Marfa Ilinitchna Riazantseva

    Archives centrales FSB et Archives nationales de la Fédération de Russie GARF, Moscou, copies publiées à partir des archives de l’Association internationale Memorial.

  • Martin Argyroglo / LE BAL

  • Photographie des prévenus avant la projection, à titre de preuve, du film Camps de concentration nazis, 29 novembre 1945, photogramme extrait du film Nuremberg, les nazis face à leurs crimes réalisé par Christian Delage (2006)

     Christian Delage, Compagnie des phares et balises, 2006

  • Rodolphe A. Reiss

    Martin Argyroglo / LE BAL

  • Fort de Douaumont, près de Verdun, 20 mai 1916, 16 h, altitude 1 200 mètres, Section de photographie aérienne.

    Marie Bour, Paris – Musée de l’Armée, Dist. RMN-Grand Palais

  • Martin Argyroglo

  • R. A. REISS, coll. IPSC

  • Le crâne de Mengele, Keenan et Weizman

    Martin Argyroglo / LE BAL

  • Richard Helmer, Courtesy Maja Helmer, 1985

  • Martin Argyroglo

  • Saint-Suaire de Turin. visage, marques sanguines et séreuses mises sur le front par les épines de la couronne, négatif. Tirage réalisé d'après agrandissement de cliché de Giuseppe Enrie (1931-1933). Fonds Paul Vignon.

    Institut catholique de Paris, Bibliothèque de Fels.

Première exposition au BAL sans œuvre et sans artiste, Images à charge est consacrée à l’image produite en tant que preuve par des experts, chercheurs et historiens dans des cas de crimes ou de violences individuelles et collectives

Sont présentés onze cas depuis l’invention de prises de vue «métriques » de scènes de crimes au XIXe siècle, jusqu’à la reconstruction d’une attaque de drone au Pakistan en 2012. Pour chaque cas, un contributeur revient sur son contexte historique et géopolitique d’apparition, la finalité des images et leurs conditions de production.

« Voir, c’est croire »

La capacité d’attestation de l’image, qui prévaut dans la perception commune, est d’autant plus avérée dans le champ légal. La photographie révèle, enregistre, valide, certifie et l’usage courant de photographies dans les tribunaux, qui suit de peu l’invention du médium, le démontre : le pouvoir de vérité de l’image est un instrument de conviction essentiel au service de la justice. En réalité, ce pouvoir de vérité a toujours été ardemment débattu, parfois légitimement contesté et souvent contredit.

Comment les traces, les signes ou les symptômes d’un acte criminel peuvent-ils être découverts, compris et validés par l’image ? Comment des dispositifs de capture ou de présentation de l’image sont-ils conçus par les experts pour renforcer son caractère probatoire ? 

Comment l’image se construit-elle dans un discours scientifique et historique de vérité?

« La photographie enregistre, fixe, valide, certifie. Le pouvoir d’attestation de l’image est un instrument de conviction essentiel au service de la justice. L’usage courant de photographies dans les tribunaux depuis l’invention du médium, le démontre. Mais que peut-on vraiment apprendre de ce que l’on voit sur une image ? On le sait bien, l’image révèle et occulte en même temps, en livrant des indices trompeurs, tronqués ou parcellaires de ce qui est advenu.

Plus que tout autre fait, le fait criminel s’avère opaque, indescriptible, irreprésentable. Dans la matière même de l’image sont gravés une multitude de signes clairs mêlés à des signes confus, des leurres possibles côtoient des détails signifiants. L’image est donc toujours une énigme en soi qui demande que soit dit ce qu’elle montre.

L’enjeu est alors pour les experts de construire un dispositif à même de révéler la substance de l’image, sa vérité. Richard Helmer superpose deux images de Josef Mengele, le « Livre de la destruction » inventorie les immeubles détruits à Gaza en 2009.

Le dispositif visuel montre ce qu’a priori, on ne peut pas voir.
Il « rend visible l’invisible » comme le théorise Rodolphe A. Reiss. 

Paradoxalement, l’objectivité de l’image à des fins judiciaires est quelque chose qui s’élabore, se construit. Pour y parvenir, le dispositif doit atteindre un idéal de transparence, de neutralité du point de vue. La disparition de l’expert en tant qu’auteur, c’est à ce prix que l’image accède au statut de preuve.

Cette apparente absence de style dans l’image constitue une écriture en soi.

Autre paradoxe, le dispositif occulte souvent la dimension personnelle du crime et ce, alors que l’image a justement pour fin d’identifier la victime des actes de violence et le coupable de ces actes. Les clichés de Bertillon adoptent un point de vue « in-humain » en surplomb, qui veut embrasser tout le champ d’un coup. L’accumulation des portraits des victimes de la Grande Terreur démontre, avant tout, la mécanique des exécutions de masse.

Les images d’actes criminels transgressent un tabou, celui de la représentation de la mort. Leur finalité est de montrer sans critère esthétique, de témoigner sans critère moral.

Ces images « hors la loi » existent pour que justice soit faite.

Mais se rapprocher de la vérité par l’image est un exercice complexe, périlleux, non exempt de calculs de probabilités et de marges d’erreur. L’expert ne capte souvent que des indices fragiles, un scénario hypothétique, des bribes de vérité. La validation ultime de l’image en tant que preuve incombe donc toujours au bout du compte au Verbe, à l’art rhétorique de la persuasion qui s’exerce dans l’enceinte du tribunal.

Exposer ces images implique de les déplacer de leur cadre habituel de perception. Nous avons tenté de comprendre comment, quand et par qui elles ont été produites, et de proposer une perspective critique sur leur statut, ni images symboliques, ni preuves en soi. Pour l’enquêteur comme pour le spectateur, mettre en action une pensée en images, c’est déjà trouver…une fenêtre de vérité. »

-Diane Dufour

 

À l’occasion de l’exposition, LE BAL et les Éditions Xavier Barral co-éditent le livre Images à charge – La construction de la preuve par l’image.

La presse en parle

« Aussi passionnante que surprenante, le BAL présente durant l’été une exposition consacrée à l’image faite preuve par le système judiciaire. Questionnant à la fois le médium photographique dans son usage probatoire, mais aussi plus généralement l’histoire de la justice et de ses moyens, cet événement n’est à rater sous aucun prétexte. »
« Riche exposition, fidèle à la vocation du BAL de nous questionner sur la valeur documentaire de l’image »
« Seen at the crime »
« Réunir les amoureux de la photo, les passionnés d'histoire, les fans de romans ou films policiers tel est l’exploit de cette remarquable exposition. »

Commissaire : Diane Dufour

Exposition conçue avec Luce Lebart, Christian Delage et Eyal Weizman et la contribution de Jennifer L. Mnookin, Anthony Petiteau, Tomasz Kizny, Thomas Keenan, et Eric Stover. Exposition produite par Cyril Delhomme, Émilie Hanmer, Alice Rivollier et Clément Poché. Scénographie par l’Atelier Maciej Fiszer.

LE BAL remercie vivement la Société Française de photographie, le musée de l'Armée, Forensic Architecture, La Préfecture de police de Paris, L'Institut de police scientifique et de criminologie de l'université de Lausanne, L'Institut catholique de Paris, Middle East Watch, Physicians for Human Rights, Daniel Blau Gallery, Krakow Photomonth Festival, Haus der Kultiren der Welt et Southeastern Center for Contemporary Art.

Exposition co-produite avec The Photographers' Gallery (Londres), exposition du 2 octobre 2015 au 10 janvier 2016, et le Nederlands Fotomuseum (Rotterdam), exposition du 22 mai au 28 août 2016.

L'exposition bénéficie du soutien de la Maison Henriot.

Avec le soutien technique de Circad, Granon Digital et PICTO.

Partenaires média : Artpress, Connaissance des arts, Lensculture, L'Oeil de la photographiePolkaParisartWombatTimeOut ParisTélérama, SlashFrance Culture.

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Autour de l'expo

Pièces à conviction

Cycle cinéma autour de l'exposition Images à charge

Du 9 juin au 23 juin 2015

La Grande Terreur

Rencontre avec Tomasz Kizny et Dominique Roynette

Jeudi 4 juin 2015 à 19h

La criminalistique moderne : une culture de la trace

Rencontre avec Luce Lebart et Pierre Margot

Jeudi 18 juin 2015 à 19h

Destruction de Koreme, Kurdistan irakien

Rencontre avec Susan Meiselas et Diane Dufour

Jeudi 25 juin 2015 à 19h

Rewind

Signatures avec Cédric Delsaux, Christian Patterson, Stéphanie Solinas et Yury Toroptsov

Vendredi 26 juin 2015 à 18h

Rewind

Conversation avec Cédric Delsaux, Christian Patterson, Stéphanie Solinas, Yury Toropstov

Vendredi 26 juin 2015 à 19h

On n'est pas là pour disparaître

Lecture / performance d'Olivia Rosenthal

Jeudi 2 juillet 2015 à 19h

Les attaques de drones

Rencontre avec Eyal Weizman et Grégoire Chamayou

Vendredi 3 juillet 2015 à 19h

Images à charge

La construction de la preuve par l'image

Aller plus loin