Looking at Britain

Cycle cinéma autour de Chris Killip
Du 22 mai au 28 juillet 2012

Byker, Amber Films

La société britannique à travers son cinéma documentaire.
Une programmation de Michael Temple, Birkbeck, Université de Londres.

Le cinéma britannique est méconnu en France. Le cinéma documentaire est méconnu partout. A ces deux – déjà très bonnes – raisons pour faire une programmation autour du cinéma documentaire britannique, s’ajoute une troisième, l’occasion que présente l’exposition du photographe anglais Chris Killip mis à l’honneur au BAL.

Le travail de ce dernier se distingue par un esprit de recherche sociale et un souci éthique de représenter la vie quotidienne des classes populaires sans en faire de simples « sujets » ethnographiques. En même temps, Killip est un artiste faisant preuve d’une haute exigence formelle, inspiré par le désir d’un rendu plastique à la hauteur de la splendeur du réel. Or ce sont exactement ces qualités éthiques et esthétiques que nous trouvons dans le documentaire britannique.

Car le documentaire doit être autant un terrain d’exploration formelle et d’expérimentation technique, qu’un outil d’investigation socioculturelle et parfois un instrument d’expression politique.

Les deux premiers programmes représentent respectivement les années 1930-1940 – période identifiée avec « l’école de Grierson » comme on l’appelle parfois dans les manuels d’histoire du cinéma – et les années d’après-guerre, notamment avec l’éclosion du « Free Cinema » au moment de l’arrivée successive de toutes les « nouvelles vagues » du cinéma mondial, à l’aube des années 1960.

Les programmes suivants explorent le cinéma documentaire britannique depuis les années 1960. Nous y trouvons plusieurs exemples de la forte dynamique entre l’esprit critique et l’innovation esthétique, notamment dans son rapport à la politique. D’abord chez Peter Watkins qui réalisera un pamphlet anti-nucléaire en forme de faux documentaire dans le contexte de la Guerre Froide, et plus tard chez le Black Audio Film Collective, qui explore la thématique du Royaume-Uni comme société postcoloniale en poursuivant une démarche formellement audacieuse et politiquement contestataire.

THE CREATIVE TREATMENT OF ACTUALITY, L’ECOLE DE GRIERSON DES ANNEES 1930-40's /
Samedi 26 mai et 7 juillet 2012 à 11h

Ce premier programme historique montre la richesse formelle et la mission sociale de la tradition documentaire au Royaume-Uni, de l’avènement du film sonore à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale. Films produits dans un cadre institutionnel a priori assez contraignant, par exemple l’unité cinématographique du General Post Office (GPO Film Unit), ces documentaires ou « films d’information publique » ont une fonction idéologique très explicite, celle de « projeter la nation » au monde en général et au peuple britannique en particulier : c’est l’image d’un Royaume-Uni qui reste une grande puissance industrielle et un pouvoir impérial quoiqu’en pleine crise économique et face au défi de l’Allemagne nazie… D’un point de vue formel et technique, les films documentaires de cette période servent d’école de formation et de laboratoire de recherche pour toute une génération de cinéastes (dont Alberto Cavalcanti, Humphrey Jennings, Len Lye, Basil Wright) sous l’égide de John Grierson, inventeur de l’une des premières – et très élégantes – définitions du cinéma documentaire comme « The creative treatment of actuality ».

 

Coal Face d'Alberto Cavalcanti, 1935, 11m
Produit par John Grierson pour le GPO Film Unit, cette étude du travail des mineurs donne l’occasion à Cavalcanti d’expérimenter le montage avec différentes formes sonores, notamment grâce à la collaboration du poète W.H. Auden et du compositeur Benjamin Britten.
A Colour Box de Len Lye, 1935, 4m
Produit pour le GPO, ce film d’animation expérimentale est aussi une publicité pour les nouveaux tarifs de la Poste.
Night Mail de Harry Watt & Basil Wright, 1936, 24m
Produit par Grierson pour le GPO, ce film d’information publique sur le courrier de nuit est transformé en poème filmique, avec la participation de W.H. Auden & B. Britten.
Spare Time de Humphrey Jennings, 1939, 14m
Produit par Cavalcanti pour le GPO, ce film de Jennings est une étude des loisirs des ouvriers, avec un texte du romancier Laurie Lee.
London Can Take It! de H. Jennings & H. Watt, 1940, 9m
Produit par Wright pour le GPO et le Ministère de l’Information, avec un texte du journaliste américain Quentin Reynolds, ce film de propagande montre aux futurs Alliés le courage et la patience des londoniens sous les bombardements allemands.
Listen to Britain de H. Jennings & Stewart McAllister, 1942, 20m
Produit par Ian Dalrymple pour le Crown Film Unit, ce film est une composition sonore autant que visuelle, réalisé à partir d’enregistrements d’une grande diversité de bruits, voix, chansons et musiques pour en faire une sorte d’hymne national filmique.

La séance du 26 mai sera présentée par Caroline Zeau
La séance du 7 juillet sera présentée par Teresa Castro

 

NO FILM CAN BE TOO PERSONAL, LE « FREE CINEMA » DES ANNEES 1950-60's /
Samedi 2 juin et Samedi 14 juillet 2012 à 11h

Dans les années 1950s, un groupe de jeunes cinéphiles, issus de l’Université d’Oxford, fondent une petite revue, Sequence, qui en quelques numéros réussit à faire basculer le statu quo dans le milieu cinématographique au Royaume-Uni. Ayant pris d’assaut l’organe du British Film Institute, Sight & Sound, cette avant-garde faite de critiques ambitieux et de cinéastes en puissance – nommés Lindsay Anderson, Penelope Houston, Gavin Lambert, Lorenza Mazzetti, Karel Reisz, Tony Richardson, entre autres – établit la base stratégique pour l’aventure du « Free Cinema », un mouvement artistique en faveur de la modernisation esthétique et politique du cinéma britannique devant les changements sociaux majeurs que le Royaume-Uni a vécus depuis la fin de la Deuxième Guerre Mondiale.

Ce programme recrée la séance historique « Free Cinema One » qui a eu lieu au National Film Theatre de Londres en février 1956.

O Dreamland de Lindsay Anderson, 1953, 13m
Une foire d’attractions à Margate sur la côte Sud-Est de l’Angleterre, une ambiance de carnaval et le regard curieux d’Anderson sur les loisirs populaires.
Momma Don’t Allow de Karel Reisz & Tony Richardson, 1955, 22m
En sortant du travail, les jeunes se préparent et se retrouvent pour aller danser toute la nuit dans un club de jazz d’un quartier populaire du Nord de Londres.
Together de Lorenza Mazzetti, 1956, 52m
Cette histoire d’amitié entre deux sourds-muets qui ont du mal à trouver leur place dans la société est également une très belle étude de l’East End de Londres.

La séance du 2 juin sera présentée par Caroline Zeau

 

THE ART OF WAR, INVENTION FORMELLE ET CRITIQUE SOCIALE / Samedi 9 juin 2012 à 11h

A travers la mise en parallèle de deux films que séparent plus de vingt ans d’histoire sociale et politique, ce programme met en valeur le lien étroit entre l’expérimentation formelle et le cinéma militant. En 1965, Peter Watkins crée un ouvrage inclassable, The War Game, sorte de faux documentaire sur les horreurs inimaginables d’une attaque nucléaire sur le territoire britannique, croisé avec un essai polémique contre la logique de destruction mutuelle sur laquelle repose la course aux armements nucléaires en pleine Guerre Froide. Produit pour la BBC, le film est interdit pendant de longues années et la carrière d’un cinéaste à la rencontre du documentaire politique et du cinéma expérimental est lancée sous le signe de la controverse. Le deuxième film, Handsworth Songs, est réalisé par John Akomfrah pour le Black Audio Film Collective en 1986, en plein milieu des années les plus dures de l’époque thatchérienne. Dans la foulée des émeutes du quartier de Handsworth à Birmingham, ainsi que dans les HLMs de Broadwater Farm à Tottenham à Londres, le BAFC mène une contre-enquête documentaire pour faire face à la représentation médiatique officielle. Le film est un chef d’œuvre de montage, mélangeant entretiens et reportages avec images d’archives, musique et poésie dans une chanson de résistance et d’espoir.

The War Game de Peter Watkins, 1965, 48m
Handsworth Songs de John Akomfrah, Black Audio Film Collective, 1986, 60m

La séance sera présentée par Alain Carou

 

ME MYSELF AND I, L’AUTOREPRESENTATION DOCUMENTAIRE /
Samedi 16 juin et samedi 21 juillet 2012 à 11h 

Le cinéaste expérimental Stephen Dwoskin, quoique d’origine américaine, a vu sa carrière reconnue au Royaume-Uni, notamment dans le contexte de la London Filmmakers’ Co-operative, dont il fut l’un des fondateurs en 1966. Au cœur de son œuvre, la représentation du corps et les limites du désir sexuel, explorant souvent la problématique du voyeurisme ; à cet aspect érotique et intime s’ajoute la spécificité corporelle de Dwoskin lui-même en tant que personne handicapée. Ainsi « l’autoreprésentation » du cinéaste et la mise en scène de sa propre sexualité offrent à son cinéma expérimental une franchise éthique extrême. Dans Behindert (1974) – le titre signifie « handicapé » en allemand mais aussi plus littéralement « empêché » – Dwoskin se met en scène dans la reconstitution d’une relation amoureuse avec une femme allemande, qui joue elle aussi son propre rôle.

Behindert de Stephen Dwoskin, 1974, 96m

Les séances seront présentées par François Albéra

 

GOD SAVE THE QUEEN, CHRONIQUE CONTRE-CULTURELLE / Samedi 23 juin 2012 à 11h

Ce film met à l’honneur les cinq membres des Sex Pistols, à savoir Johnnie Rotten (John Lydon), Steve Jones, Paul Cook, et Glenn Matlock, celui-ci remplacé par Sid Vicious (John Beverley) en février 1977. Sur un fond gris et dépressif de l’Angleterre spleenétique des années 1970s, la carrière fulgurante et autodestructrice de ce groupe de punk a marqué toute une génération de jeunes créateurs dans le domaine des arts et de l’activisme culturel. Formé en 1975, sans expérience professionnelle et en jouant d’instruments volés à droite et à gauche, les Pistols explosent sur la scène musicale et médiatique avec leur premier single Anarchy in the UK en 1976. Interdit de jouer en public, calomnié dans la presse et agressé physiquement dans la rue, le groupe part en tournée catastrophique aux Etats-Unis et finit par se dissoudre dans la paranoïa, le désaccord et la drogue au Winterland à San Francisco. Le film de Julien Temple est une chronique culturelle émouvante et souvent drôle, composée essentiellement de témoignages et d’images d’archives. Résolument du côté des Pistols survivants (Vicious est mort en 1979), The Filth and the Fury sert de contrepoint au précédent film de Temple sur le même sujet, The Great Rock’n’Roll Swindle (1979), qui privilégiait le point de vue (en grande partie mensonger) du manager du groupe, Malcolm Maclaren.

The Filth and the Fury de Julien Temple, 2000, 108m

La séance sera présentée par Michael Temple

 

AMBER FILMS, REPRÉSENTATIONS DE LA CLASSE OUVRIERE DANS L’ERE POST-INDUSTRIELLE / Samedi 30 juin et samedi 28 juillet 2012 à 11h 

Depuis plus de quarante ans, le collectif « Amber » poursuit son travail artistique et militant à travers des films et des projets photographiques dans le Nord-Est de l’Angleterre, surtout dans la ville de Newcastle et ses environs. L’objectif du groupe a toujours été de représenter la vie quotidienne de la classe ouvrière de cette région en prenant en compte le point de vue des « sujets ». D’où une méthodologie qui implique l’installation matérielle du collectif dans la communauté et la participation active des citoyens dans la production des œuvres. Ainsi Amber a pu tracer d’une façon singulière les changements radicaux que le Nord-Est a connus depuis les années 1970 jusqu’à aujourd’hui : la fin de l’ère industrielle au Royaume-Uni et la transition brutale et irrévocable vers une société de consommation dont une très importante minorité des citoyens – les jeunes, les chômeurs, les retraités, les immigrés – se trouvent presque entièrement exclus. Ce programme rend hommage au documentaire engagé à travers deux films sur le Nord-Est : Byker (1983), un film inspiré du travail de la photographe Sirkka-Liisa Konttinen, membre du collectif ; et Ship Hotel – Tyne Main (Philip Trevelyan, 1967) qui a servi de modèle pour Amber Films et qui a également compté beaucoup pour le photographe Chris Killip.

 

Ship Hotel – Tyne Main de Philip Trevelyan, 1967, 30m
Byker, Amber Films, 1983, 53m

La séance du 30 juin sera présentée par Michael Temple

Infos pratiques

Les séances ont lieu au Cinéma des Cinéastes
7, avenue de Clichy - 75017 Paris

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